Le paysage de l’investissement locatif privé a connu une transformation majeure en ce début d’année 2026. Avec la disparition du dispositif Pinel fin 2024 et la crise de construction qui frappe le pays, le gouvernement a créé un nouveau cadre : le statut fiscal du bailleur privé, rapidement baptisé dispositif Jeanbrun du nom du ministre du Logement qui l’a porté. Inscrit dans la loi de finances 2026 (article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026), ce statut est entré en vigueur le 21 février 2026.
Si vous êtes propriétaire ou si vous envisagez d’investir dans l’immobilier locatif, voici ce que vous devez savoir : comment fonctionne ce dispositif, qui peut en bénéficier, quels avantages fiscaux il offre et quelles obligations il impose en contrepartie.
- 1 Qu’est-ce que le statut de bailleur privé ?
- 2 Qui peut bénéficier du statut fiscal du bailleur privé ?
- 3 Les logements éligibles : neuf et ancien rénové
- 4 Le mécanisme d’amortissement : le coeur du dispositif
- 5 Les contreparties : engagements et plafonds
- 6 La déclaration d’engagement de location : démarches et formulaires
- 7 Statut bailleur privé versus Pinel : les différences clés
- 8 Ce que doit anticiper le propriétaire avant de s’engager
- 9 Questions fréquentes sur le statut fiscal du bailleur privé
Qu’est-ce que le statut de bailleur privé ?
Le statut de bailleur privé désigne un particulier, personne physique non professionnelle, qui loue un ou plusieurs logements nus à titre de résidence principale, en dehors de tout financement public ou mission sociale. Il se distingue du bailleur social (organisme HLM) et du bailleur institutionnel (compagnies d’assurance, fonds d’investissement). C’est simplement le propriétaire ordinaire qui met son bien sur le marché locatif privé.
Le nouveau statut fiscal du bailleur privé issu de la loi de finances 2026 vient structurer et avantager fiscalement cette catégorie de propriétaires, à condition qu’ils s’engagent à respecter un certain nombre de règles sur la durée.
Son objectif est double : relancer l’investissement locatif dans le neuf et l’ancien rénové, et orienter une partie du parc privé vers des loyers intermédiaires, sociaux ou très sociaux, c’est-à-dire des loyers inférieurs au marché libre.
Qui peut bénéficier du statut fiscal du bailleur privé ?
Le dispositif Jeanbrun est ouvert à toute personne physique domiciliée fiscalement en France (ou à l’étranger) qui réalise un investissement locatif entre le 20 février 2026 et le 31 décembre 2028. Il est également accessible aux SCI soumises à l’impôt sur le revenu (et non à l’IS), chaque associé déclarant alors sa quote-part de revenus fonciers.
Quelques exclusions importantes à connaître :
- Les investissements dans des maisons individuelles ne sont pas éligibles (seuls les logements collectifs sont concernés).
- Les résidences avec services (étudiantes, seniors, tourisme) sont exclues.
- La location à un ascendant ou descendant jusqu’au 2e degré est interdite.
- Le régime micro-foncier est incompatible avec le dispositif : le bailleur doit impérativement relever du régime réel d’imposition des revenus fonciers.
Les logements éligibles : neuf et ancien rénové

C’est l’une des nouveautés importantes par rapport au Pinel : le statut de bailleur privé s’applique aussi bien aux logements neufs qu’aux biens anciens ayant fait l’objet de travaux de rénovation lourde.
Pour un logement neuf : il doit s’agir d’un appartement en immeuble collectif, achevé après la publication de la loi de finances 2026, conforme à la réglementation environnementale RE2020 et classé DPE A, B ou C.
Pour un logement ancien : il doit nécessiter des travaux représentant au moins 30 % du prix d’acquisition (hors terrain), permettant d’atteindre a minima la classe énergétique A, B ou C après rénovation. La mise en location doit être effective dans les 12 mois suivant l’achèvement des travaux.
Le mécanisme d’amortissement : le coeur du dispositif
Contrairement au Pinel qui fonctionnait sur une réduction d’impôt forfaitaire, le statut fiscal du bailleur privé repose sur un mécanisme d’amortissement fiscal annuel. Chaque année, le bailleur peut déduire de ses revenus fonciers une fraction du prix d’acquisition de son bien.
L’amortissement est calculé sur 80 % du prix d’acquisition (le terrain, non amortissable, représente généralement 20 %). Les taux varient selon le type de loyer pratiqué et la nature du bien :
| Type de bien | Loyer intermédiaire | Loyer social | Loyer très social |
|---|---|---|---|
| Neuf | 3,5 %/an | 4,5 %/an | 5,5 %/an |
| Ancien rénové | 3 %/an | 3,5 %/an | 4,5 %/an |
L’amortissement annuel déductible est plafonné selon la catégorie :
- 8 000 €/an pour le logement intermédiaire neuf
- 10 000 €/an pour le logement social
- 12 000 €/an pour le logement très social
- 10 700 €/an pour l’ancien avec travaux, quel que soit le niveau de loyer
Exemple concret : pour un appartement neuf acquis 200 000 €, loué en intermédiaire, la base amortissable est de 160 000 € (80 %). Le taux annuel de 3,5 % génère un amortissement théorique de 5 600 €, dans la limite du plafond de 8 000 €. Sur 9 ans, cela représente 50 400 € de déduction. L’économie fiscale réelle dépend de votre tranche marginale d’imposition : à 30 % (+ 17,2 % de prélèvements sociaux), elle atteint environ 23 800 € sur la durée de l’engagement.

Si l’amortissement génère un déficit foncier, celui-ci peut être imputé sur le revenu global dans la limite de 10 700 €/an (ou 21 400 € dans le cadre de travaux de rénovation énergétique dans l’ancien). L’excédent est reportable sur les revenus fonciers des 10 années suivantes.
Les contreparties : engagements et plafonds
Le statut fiscal du bailleur privé n’est pas sans conditions. En échange de l’avantage fiscal, le propriétaire accepte un ensemble d’engagements stricts.
Durée minimale de location : l’engagement porte sur 9 ans. Tout manquement avant ce terme entraîne la remise en cause intégrale de l’avantage fiscal, avec réintégration des amortissements déduits dans les revenus fonciers imposables.
Plafonds de loyers : le loyer mensuel hors charges ne peut dépasser des plafonds fixés par décret selon la localisation du bien et la catégorie choisie (intermédiaire, social, très social). Le loyer intermédiaire correspond à environ 15 % en dessous du marché libre, le social à 30-50 % en dessous.
Plafonds de ressources du locataire : les locataires doivent respecter des plafonds de revenus fixés par décret, dans l’esprit du modèle Pinel.
Mise en location effective : le logement doit être loué dans les 12 mois suivant son achèvement ou son acquisition.
Point d’attention à la revente : les amortissements déduits seront réintégrés dans la plus-value imposable lors de la cession du bien (comme pour le LMNP depuis 2025). Il convient d’anticiper cet impact dans le calcul de rentabilité globale.
La déclaration d’engagement de location : démarches et formulaires
C’est la formalité administrative centrale du dispositif. Pour bénéficier du statut fiscal du bailleur privé, le propriétaire doit impérativement souscrire une déclaration d’engagement de location auprès de l’administration fiscale.
Le formulaire 2044-EB
Le document clé est le formulaire 2044-EB (Cerfa n°11639), intitulé « Statut du bailleur privé, engagement de location ». Ce formulaire doit être joint à la déclaration de revenus de l’année d’achèvement du logement (ou de l’année d’acquisition si postérieure à l’achèvement).
Pour un appartement neuf livré en septembre 2026, la déclaration d’engagement devra être jointe à la déclaration des revenus 2026, déposée au printemps 2027. Pour un logement ancien avec travaux, le point de départ est la date d’achèvement des travaux.
Ce formulaire est à remplir une seule fois, mais il doit être transmis avant la première mise en location du bien. Il précise les caractéristiques du logement, le dispositif choisi et l’engagement du propriétaire sur la durée.
Les obligations déclaratives annuelles
Au-delà de ce formulaire initial, le statut fiscal du bailleur privé impose des obligations annuelles tout au long de la période de 9 ans :
- Déclaration des revenus fonciers via le formulaire 2044 (régime réel) ou 2044-SPE (régime réel spécifique), joint à la déclaration principale n° 2042.
- Déduction annuelle de l’amortissement des revenus fonciers bruts, aux côtés des autres charges classiques (intérêts d’emprunt, taxe foncière, frais de gestion, assurance).
- Vérification du respect des plafonds de loyers et de ressources à chaque renouvellement de bail ou changement de locataire.
- Conservation de l’ensemble des justificatifs (acte d’achat, bail, DPE, avis d’imposition du locataire, factures de travaux pour l’ancien, attestation RE2020 pour le neuf) pendant toute la durée de l’engagement et au-delà.
Le délai de prescription fiscale court jusqu’à 3 ans après la dernière année d’amortissement. Un suivi rigoureux est la meilleure protection contre un redressement fiscal.
Statut bailleur privé versus Pinel : les différences clés
Le dispositif Jeanbrun succède directement au Pinel, mais son fonctionnement est fondamentalement différent.
Le Pinel accordait une réduction d’impôt forfaitaire calculée sur le prix d’achat (12 % sur 6 ans, 18 % sur 9 ans, 21 % sur 12 ans). Le statut du bailleur privé repose lui sur un amortissement annuel déductible des revenus fonciers, mécanisme plus proche du LMNP que de l’ancien Pinel. Cette logique est plus favorable aux propriétaires fortement imposés, qui tirent un bénéfice réel de chaque euro déduit à leur tranche marginale.
Autre différence notable : le statut bailleur privé est accessible sans zonage géographique, sur tout le territoire, là où le Pinel était limité aux zones A, A bis et B1. Cette ouverture peut représenter une opportunité dans des villes moyennes ou des secteurs en développement.
Enfin, la durée d’engagement passe à 9 ans fixes, sans possibilité de prorogation par triennale comme c’était le cas avec le Pinel.
Ce que doit anticiper le propriétaire avant de s’engager
Le statut fiscal du bailleur privé est un engagement de long terme qui mérite une analyse sérieuse avant toute décision.
Quelques points de vigilance concrets :
- L’option pour le régime réel est obligatoire et irrévocable pendant 3 ans. Si vos charges réelles sont inférieures à 30 % de vos recettes, le micro-foncier avec son abattement forfaitaire pourrait être plus simple (mais il vous prive de l’amortissement).
- Le loyer plafonné peut être inférieur au marché de 15 à 50 % selon la catégorie choisie. Il faut s’assurer que le rendement locatif reste satisfaisant malgré cette contrainte, compte tenu des charges et du financement.
- La réintégration à la revente des amortissements dans la plus-value imposable réduit l’avantage fiscal à long terme. Une simulation sur l’ensemble de la durée de détention, intégrant la fiscalité de la cession, est indispensable.
- En cas de non-respect des conditions (loyer hors plafond, changement de destination, vente avant 9 ans), tous les amortissements déduits peuvent être réintégrés dans les revenus fonciers imposables de l’année du manquement.
L’accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine ou un expert-comptable familiarisé avec le dispositif Jeanbrun est fortement recommandé avant de s’engager.
Questions fréquentes sur le statut fiscal du bailleur privé
Le dispositif s’applique-t-il aux SCI ?
Oui, sous conditions. La SCI doit être soumise à l’impôt sur le revenu (et non à l’IS). L’amortissement s’applique au niveau de la société et est réparti entre associés selon leurs parts sociales, chacun le déduisant sur sa propre déclaration de revenus fonciers.
Peut-on cumuler le statut bailleur privé avec d’autres dispositifs fiscaux ?
Non pour les réductions d’impôt sur le même bien. Le dispositif Jeanbrun n’est pas cumulable avec d’autres mécanismes de réduction d’impôt appliqués au même logement (Denormandie, Malraux, etc.).
Le régime micro-foncier est-il compatible ?
Non. Le dispositif exige impérativement le régime réel d’imposition des revenus fonciers. Si vous relevez du micro-foncier (loyers inférieurs à 15 000 €/an), vous devrez opter pour le régime réel, avec une irrévocabilité de 3 ans.
Que se passe-t-il à l’issue des 9 ans ?
À l’expiration de l’engagement, le propriétaire retrouve toute liberté sur la gestion de son bien : révision du loyer, vente, changement de régime fiscal. Les amortissements cessent, mais les éventuels déficits reportés restent utilisables sur les revenus fonciers des années suivantes.
Le statut fiscal du bailleur privé constitue le nouveau pilier de la défiscalisation immobilière en location nue. Il offre un cadre plus souple que le Pinel (pas de zonage, éligibilité de l’ancien rénové) et un mécanisme d’amortissement potentiellement très avantageux pour les foyers fortement imposés. Sa contrepartie est un engagement de 9 ans sur des loyers encadrés et des obligations déclaratives régulières. Avant de souscrire, une simulation personnalisée reste la meilleure façon de mesurer l’intérêt réel du dispositif selon votre situation fiscale et patrimoniale.

